Les murs ont cette couleur indécise des lieux où l’on hésite à rester, et pourtant elle s’y trouve, adossée, offerte au doute. La lumière glisse en clair-obscur, comme si elle aussi craignait de choisir son camp.
Il est là , si proche que l’air entre eux devient une matière vivante. Son bras levé contre le mur n’est pas une menace, mais une frontière fragile.
Elle pourrait passer dessous, s’échapper. Elle ne le fait pas.
Son regard monte lentement, accroché au sien, et dans cet espace minuscule se joue une bataille silencieuse.
Elle pense aux décisions. À celles que l’on remet à plus tard, à celles qui brûlent la langue quand on tente de les formuler. Dire oui, dire non. Avancer ou rester figée dans cet entre-deux confortable et cruel. Son cÅ“ur bat trop fort pour une situation qui, en apparence, n’est encore rien.
Il sent cette hésitation. Elle palpite jusque dans ses doigts, posés contre sa poitrine à elle, comme pour vérifier que tout est encore réel. Ce contact est léger, presque innocent, mais chargé d’une promesse vertigineuse. Il suffirait d’un geste de trop, d’un souffle appuyé, pour que tout bascule.
Elle ferme un instant les yeux.
Dans cette obscurité volontaire, elle mesure ce que cela coûterait de céder. La perte du contrôle, peut-être. La joie, sûrement. Et cette peur délicieuse qui accompagne les décisions irréversibles. Lorsqu’elle les rouvre, son regard a changé. Il n’est plus une question, mais une réponse en devenir.
Ils ne s’embrassent pas encore.
Ils restent là , suspendus, savourant la tension comme on savoure une dernière seconde avant le plongeon. Parfois, décide-t-elle, le plus perturbant n’est pas de choisir, mais de reconnaître le moment exact où l’on n’a déjà plus vraiment le choix.


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